La page Facebook, Thomas Sankara et les héritiers sankaristes a indiqué, dimanche 15 mars 2026, que le président français Emmanuel Macron aurait initié une rencontre au Bénin entre les chefs d'état-major béninois, ivoirien et français, suite la résolution de l’Union européenne demandant la libération du président nigérien déchu, Mohamed Bazoum. D’après nos vérifications, il n’existe aucune preuve de lien entre la demande de l’UE et la rencontre de Cotonou.
Une publication faite le dimanche 15 mars 2026, par la page Facebook, Thomas Sankara et les héritiers sankaristes prétend que le président français aurait “dépêché une rencontre d’urgence entre les chefs d’état-major de France et de Côte d’Ivoire au Bénin”, le 19 mars 2026. Le même texte laisse croire que l’initiative ferait suite “à la déclaration de l’UE pour la libération de Bazoum et sous les tensions géopolitiques en cours au Sahel et au monde”.
« #PS: Camarades africains de l'AES, je ne ferais pas de dessins pour que vous compreniez le but de cette rencontre. Le Président IB a dit :" Preparons-nous à une gue-rre de haute intensité..L'hiver noir est-il à la porte ⁉️ Cogitez-y ‼️ », a conclu la page Facebook, Thomas Sankara et les héritiers sankaristes. L’illustration du texte montre un montage photo du président Patrice Talon, le président français Emmanuel Macron, les chefs d’état-major français, béninois et ivoirien.
La publication a recensé 4 800 mentions ‘’J’aime’’, 2 800 commentaires et 819 partages à la date du 19 mars 2026.
Contexte
Dans une résolution adoptée le 11 mars 2026, l’Union européenne a ‘’condamné fermement le maintien en détention arbitraire du président déchu Mohamed Bazoum, démocratiquement élu, et de son épouse, ainsi que de toutes les autres personnes placées en détention par les autorités militaires du Niger après le coup d’État du 26 juillet 2023. L’Union européenne demande leur “libération immédiate et inconditionnelle’’. Elle a appelé les États membres, l’Union africaine et la communauté internationale à intensifier leurs efforts diplomatiques dans ce sens. La publication de la page Facebook, Thomas Sankara et les héritiers sankaristes intervient dans un contexte de relation diplomatique de méfiance entre certains États de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest CEDEAO) et l’Alliance des Etats du Sahel (AES) dont est membre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Pas plus tard qu’en février 2026, le président nigérien, le Général Abdourahamane Tiani accusait le Bénin, la Côte d’Ivoire, deux pays membres de la CEDEAO ou encore la France d’être impliqués dans l'attaque meurtrière perpétrée par des hommes armés à proximité de l’aéroport international Diori Hamani.
Vérification
Dans un communiqué publié sur Facebook, l’Etat-major des armés du Bénin a informé de la tenue, le 19 mars 2026, à Cotonou, d’une rencontre stratégique entre le Général d’armée Lassina Doumbia de la Côte d’Ivoire, le Général d’armée aérienne Fabien Mandon de la France avec Fructueux Gbaguidi, chef d'état-major général du Bénin. « Cette visite fait suite à la réunion tripartite d’Abidjan du 18 juillet 2025 et marque une nouvelle étape dans un partenariat militaire trilatéral résolu et opérationnel », mentionne le message. Au centre des discussions, des menaces communes au Bénin, à la Côte d’Ivoire et la France notamment l’infiltration terroriste, la criminalité transfrontalière organisée et les menaces hybrides en mutation rapide.
L’Etat-major des armées du Bénin précise que les échanges permettront d’évaluer les coopérations en cours, renforcer les synergies opérationnelles et adapter les dispositifs face à l’évolution de la menace terroriste. « La présence française permettra un partage intensif d’expertises et de retours d’expérience, au bénéfice des trois armées. Ainsi, le sommet de Cotonou illustre la force d’une coopération Sud-Sud pragmatique, complétée par un partenariat stratégique avec la France. Il réaffirme l’engagement total du Bénin pour la sécurité collective et la stabilité dans le Golfe de Guinée », détaille l'État major des armées du Bénin.
A Cotonou, interrogé à la fin de la rencontre sur un présumé complot de la Côte d’Ivoire, de la France et du Bénin contre le Niger, pays membre de l’AES, le patron de l’armée béninoise répond que nenni. « Nous pensons à nos pays, exclusivement à nos pays. Nous ne pensons à personne d'autre », a déclaré le Général Fructueux Gbaguidi dont les propos sont rapportés par notre confrère , Arthur Selo.
Une initiative antérieur à la demande de l’UE
La rencontre de Cotonou est la suite d’une séance d’échanges entre les chefs d’état-major des trois pays notamment du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France tenue le 18 juillet 2025 à Abidjan. Tenue à l’hôtel des armées d’Abidjan, cette première séance s’est tenue plus de 7 mois avant la résolution de l’UE à laquelle l’auteur de la publication virale fait référence.
La rencontre avait d’ailleurs fait l’objet d’articles dans plusieurs médias locaux dont Bip radio, Fraternité Matin, l’Avenir, Afrik soir, Life radio ou encore l’Agence de presse africaine. Selon la presse, à l’issue de cette rencontre, les chefs d’état-major des armées ivoirienne, béninoise et française avaient déjà annoncé leur volonté de mutualiser les forces pour faire face aux enjeux sécuritaires communs qui touchent la région du golfe de Guinée.
Badona relève également que l’auteur de la publication devenue virale, pour crédibiliser son message, emploie un ton d’alerte en relevant avec précision, la date de la rencontre et les identités des personnalités militaires qui se retrouvent. L’analyse montre que la publication de son texte est intervenue le 15 mars 2026 soit 24h après l’annonce de la rencontre par le média local, Bip radio. Toutes les informations mentionnées dans la publication virale était disponible dans le point du média béninois.
L'événement a fait l’objet de communiqués par les autorités béninoises et ivoiriennes (voir ici et ici). Ces communiqués fournissent également de nombreux détails sur l’objet de la rencontre et ne font aucune mention de la situation de Mohamed Bazoum.
Verdict
Contrairement à la publication de la page Facebook, Thomas Sankara et les héritiers sankaristes, le président français Emmanuel Macron n’a pas mobilisé les chefs d'état-major du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France suite à la demande de libération de Mohamed Bazoum formulée par l’Union européenne. La rencontre de Cotonou vise à renforcer la lutte contre le terrorisme et la sécurité dans le Golf de Guinée. Le chef d’état-major du Bénin dément tout complot contre le Niger, pays membre de l’AES. Aucune source officielle consultée par Badona ne révèle un objectif caché de la rencontre comme l’insinue la publication devenue virale.
Faites attention aux messages douteux et n’hésitez pas à contacter Badona pour nous soumettre vos contenus (photo / vidéo / courrier/ texte) pour vérifications !
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