Sur les réseaux sociaux, des publications font croire, depuis le 10 juillet 2026, à une prétendue hausse du coût d'obtention du permis de conduire au Bénin. Cette augmentation des frais de formation serait due à une réforme majeure engagée par les autorités. D’après les vérifications de Badona, l’information est à nuancer. A la date de ce 17 juillet 2026, aucune hausse des frais d’obtention du permis de conduire n’est encore officiellement admise. Mais, cela pourrait bien advenir dès la mise en application d'une réforme des conditions de formation et d'examen actée par les autorités béninoises. Nous avons consulté de nombreuses sources dont le nouvel arrêté du 26 mai 2026 portant conditions d'obtention des permis de conduire en République du Bénin signé de José Tonato, ex-ministre du cadre de vie et des transports, chargé du développement durable. On vous explique.

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Capture d'une publication annonce la rumeur

 

Dans une vidéo (lien archivé ici) publiée sur TikTok, le créateur de contenus Habib Ahandessi affirme que l'Agence nationale des transports terrestres (ANaTT) aurait engagé plusieurs réformes des conditions d'obtention du permis de conduire au Bénin. Selon lui, les candidats devraient suivre une formation d'« au moins six mois ». Il estime que les candidats pourraient désormais débourser « entre 250 000 et 600 000 francs CFA » pour obtenir un permis B, en raison de l'augmentation des heures de théorie et de pratique.

La vidéo a enregistré plus de 19 000 mentions ‘’J’aime’’, 487 commentaires et 5 200 partages à la date du 16 juillet 2026. Habib Ahandessi n’est pas la seule à annoncer une prétendue hausse du coût d’obtention du permis de conduire  au Bénin. Parmi les pages et internautes ayant rendu la rumeur  virale  sur les réseaux sociaux figure Tendance + Infos Bénin-Monde. « Alerte. Permis de conduire : 14/20 minimum et jusqu’à 6 mois de formation et un coût qui pourrait être 250 000 à 600 000 pour son obtention », lit-on sur cette  page Facebook. Aimé Agbokou (28 000 abonnés), ancien leader de mouvement estudiantin à l’Université d’Abomey-Calavi, s’y est également mis. « Pour avoir permis B au Bénin, il vous faudra faire entre 6 et 9 mois bientôt. Les prix seront multipliés par 4 ou 5  », a-t-il  écrit, le 11 juillet 2026, sans précision. 

 

                1. L'ANaTT dément toute hausse officielle des frais mais…

Invité de BIP Radio, Auguste José-Marie Adjovi, Directeur des études, de la réglementation et du Contrôle (DERC) à l'Agence nationale des transports terrestres (ANaTT), a été formel : « Aucun frais n'est augmenté. Rien. » Il précise qu'aucune heure de formation n'a été rajoutée et qu'aucun frais de formation n'a été relevé à ce jour. Le responsable rappelle par ailleurs que l'ANaTT ne fixe pas elle-même les frais de formation. Selon Auguste José-Marie Adjovi, un arrêté 023 du 1er avril 2026 organisant l'activité des auto-écoles impose à celles-ci de fixer chaque année, leur prix de formation et de le soumettre à l'autorité compétente, qui vérifie sa conformité. L'ANaTT fait-il savoir, ne fixe donc pas le montant du permis de conduire, mais exerce un droit de regard sur toute augmentation. D'après le responsable, les tarifs pratiqués sur le marché varient généralement entre 100 000 et 150 000 FCFA. Face à une auto-école qui réclamerait, par exemple, 680 000 FCFA, il indique qu'un candidat dispose d'un recours en deux temps : d'abord auprès des faîtières d'auto-écoles, bien informées de l'absence de hausse officielle, puis, si besoin, auprès de l'ANaTT elle-même, chargée de l'organisation du permis de conduire.

           2. Vers la hausse des coûts en dépit du démenti de l’ANaTT

De leur côté, des promoteurs d’auto-écoles estiment que la hausse des coûts de formation est inévitable avec les nouvelles conditions. Alexis Aboh, promoteur de l'auto-école Accombus à Cotonou explique que les nouvelles exigences imposent un volume d'heures de conduite beaucoup plus important que celui pratiqué actuellement. « Le montant de la formation va forcément grimper », affirme-t-il. Aujourd'hui, relève-t-il, les frais de formation dans son établissement oscillent entre 100 000 et 125 000 FCFA, pour environ 25 à 30 heures de conduite. Avec la réforme, « on nous demande de faire au moins 90 heures », fait savoir ce promoteur d’auto-école.

Dans un communiqué publié en date du 16 juillet 2026, le président de l'Association des Auto-Écoles Agréées de l'Atlantique (4A), Cyr Adjiboye Houindo, affirme que les frais de formation au permis de conduire n'ont pas encore augmenté, les nouvelles dispositions réglementaires n'étant pas encore applicables. « Les nouvelles dispositions [...] ne sont pas encore entrées en application », précise l'association, indiquant que les auto-écoles continuent de former les candidats selon la réglementation de 2015  avec des tarifs compris entre 100 000 et 150 000 FCFA. Le communiqué rappelle toutefois que la réforme prévoit de porter le volume minimal de conduite pratique de 15 à 120 heures, ce qui entraînera une hausse des coûts d'exploitation. « Ces nouvelles obligations auront inévitablement une incidence sur le coût réel de la formation », souligne l'association.

Le président de l'Association des Auto-Écoles Agréées de l'Atlantique (4A) insiste sur le fait qu'une éventuelle révision des tarifs « résultera directement de l'application des dispositions réglementaires et non d'une décision discrétionnaire des établissements de formation ».

 

  1. La phase théorique impose désormais un minimum d'heures de cours

L’arrêté du 26 mai 2026 de l’ancien ministre Tonato maintient l’obligation pour tout conducteur de détenir un permis de conduire.  « Nul ne peut conduire un véhicule pourvu d'un moteur s'il n'est titulaire d'un permis de conduire établi en son nom, délivré par l'autorité compétente du Ministre chargé des Transports », mentionne-t-il l’article comme le stipulait déjà, l’arrêté de 2015 portant conditions d'obtention du permis de conduire en République du Bénin. Mais très vite, la donne change avec l’article 5 nouveau qui sépare désormais clairement la phase théorique de la phase pratique de l'examen. « La phase théorique consacrée à l'examen du code se déroule à l'aide d'un support numérique (smartphone) après que le candidat ait suivi au moins 60 heures de cours de code et 30 heures de cours pratiques », clarifie l’article 6 nouveau. 

L'article 8 indique que le succès à l'examen théorique donne droit à une attestation provisoire permettant au candidat de poursuivre sa formation en phase pratique au sein de son auto-école. Une formation pratique doit durer au minimum six mois ou totaliser au moins 120 heures de conduite effective, attestées par le livret d'apprentissage et la fiche de suivi délivrés par l'auto-école. « Le présentation d'un candidat à l’examen du code se fera sur la base des justificatifs de formation cités à l'article précédent et portés par son livret d'apprentissage », consigne l’article 7. 

 

  1. Deux nouvelles catégories de permis de conduire

Au Bénin, le nombre de catégories de permis de conduire est désormais porté à 12 : A1, A2, A3, B1, B, C, CE, D1, D, E, BEA et F. L'article 13 détaille, pour chacune, les caractéristiques des véhicules concernés, des cyclomoteurs aux poids lourds, en passant par les tricycles, quadricycles et véhicules aménagés pour personnes à mobilité réduite. En clair, deux nouvelles  catégories de permis entrent dans la liste, le B1 et BEA. « Aujourd’hui nous avons des tricycles qui transportent des passagers et il faudrait donner un permis à cette frange de conducteurs.  C’est de là que le permis catégorie B1 est introduit pour répondre à la nouvelle donne qui s’impose à nous dans la circulation. Deuxième chose, les véhicules qui foisonnent, c’est les véhicules automatiques. C’est donc le BEA qui vous donne droit de conduire les véhicules à vitesse automatique », a expliqué Auguste José-Marie Adjovi, Directeur des études, de la réglementation et du Contrôle (DERC) de l’ANaTT. 

 

  1. Des âges minimums variables selon les catégories

L’arrêté  du 26 mai 2026 portant conditions d'obtention des permis de conduire en République du Bénin signé de José Tonato, ex-ministre du cadre de vie et des transports, chargé du développement durable donne un peu plus de chance aux jeunes d’obtenir leur permis de conduire. Selon l'article 13, l'âge requis va de 16 ans pour les catégories A1 et A2 (cyclomoteurs et motocyclettes légères) contre respectivement 16 et 18 ans prescrits par l’ancienne disposition.  L’âge pour l’obtention des catégories poids lourds et transport en commun (C, CE, D, D1, E) demeure 21 ans. Mais le même article prévoit que cette fois-ci, une dérogation d'un an peut être accordée par le Directeur général de l'Agence nationale des Transports Terrestres pour les catégories A2, A3, B et BEA, avec l'autorisation des parents ou tuteurs légaux du candidat. 

 

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