Une publication relayée plus de 3000 fois sur Twitter et de nombreuses fois sur Facebook depuis le 11 juin, fait croire que l’ex-médiatrice pour les droits de l’homme en Ukraine, Lyudmila Denisova a avoué avoir menti sur les cas de viols d’enfants par des soldats russes dans son pays. En effet, la publication virale est un extrait d’interview sorti de son contexte par ''Le Média en 4-4-2'' épinglé comme complotiste.
« URGENT - Lyudmila Denisova, médiatrice pour les droits de l'homme en Ukraine, avoue avoir menti sur les viols d'enfants par les Russes "J’essayais d’atteindre l’objectif de convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression sur la Russie."». Ce message fait tour des réseaux sociaux depuis plusieurs jours.
De Twitter à Facebook, des pro-russes relaient en boucle cette annonce. Postée sur Twitter le 12 juin à 10h 46 (Gmt) par le compte @Planetes360, la publication virale totalise « 2525 retweets et 2222 j’aime ». En dehors de ce compte associé à un média éponyme, on retrouve la même annonce postée sur d’autres comptes comme Naomi l’africaine le 14 juin avec 175 retweets et 377 ''j’aime''.
Sur Facebook, une autre version de l’annonce avec de légères modifications circule. « "#Ukraine _Flash:. L'ancienne #commissaire aux #droits de l'homme de l'Ukraine a #admis qu'elle en a « #exagéré » avec ses allégations d'abus sexuels de la part des troupes russes contre les femmes ukrainiennes. Lyudmila Denisova a déclaré que son objectif était de « convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression sur la Russie ". », indique une publication de Burkina Actu datant du 10 juin.
« Force à la Russie », « Le droit de l'homme est un argument de mensonges. » ou encore « Ne mentez pas sinon l'Ukraine sera noyée », peut-on lire dans la vingtaine de commentaires suscitées par ce post.
Des publications parties de médias complotistes
Pas compliqué de retrouver les sources de cette publication virale. Une recherche avec la publication mot à mot entre guillemets sur les moteurs de recherche comme Google permet de remonter aux publications qui font le tour des réseaux sociaux. L’une des plus partagées émane du site ''Le Média en 4-4-2''. « Lyudmila Denisova, médiatrice pour les droits de l’homme en Ukraine, avoue avoir menti sur les viols d’enfants par les Russes », titre le site dans une publication en date du 11 juin et mis à jour le 16 juin.
« Lorsque j’ai pris la parole au parlement italien, à la commission des affaires internationales, j’ai entendu et vu une telle lassitude de l’Ukraine, vous comprenez ? J’ai parlé de choses terribles afin de les pousser d’une manière ou d’une autre, afin qu’ils prennent des décisions dont l’Ukraine et le peuple ukrainien ont besoin. Peut-être que j’y suis allé trop fort. Mais j’essayais d’atteindre l’objectif de convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression sur la Russie », cite l’auteur anonyme de l’article selon qui « la médiatrice pour les droits de l’homme en Ukraine, Lyudmila Denisova, est passée aux aveux ».
Même si l’identité de l’auteur n’est pas connue, il est à noter que ''Le Média en 4-4-2'' est associé à un certain Marcel D. inscrit en grands caractères, blanc sur rouge à l’accueil. Conspiracy Watch, l’observatoire du conspirationnisme, apprend que « Marcel D. » est le pseudonyme d’un youtubeur complotiste français actif depuis 2018, fondateur et responsable de la publication du site conspirationniste Le Média en 4-4-2.
URGENT - Lyudmila Denisova, médiatrice pour les droits de l'homme en Ukraine, avoue avoir menti sur les viols d'enfants par les Russes « J’essayais d’atteindre l’objectif de convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression sur la Russie. » ... pic.twitter.com/2oCffEWo7J
— Planetes360 (@Planetes360) June 12, 2022
Planete360 qui a totalisé des milliers de réactions sur Twitter avec l’annonce s’illustre également dans des publications complotistes comme on peut le constater à travers les nombreuses publications sur son site.
Ce que Lyudmila Denisova a vraiment dit
Il ne faut surtout pas s’arrêter aux contenus des publications virales sur les réseaux sociaux. Bénin Check Info a retrouvé l’intégralité de la déclaration de Lyudmila Denisova. C’est dans une interview au média ukrainien LB, que la médiatrice pour les droits de l’homme en Ukraine est revenue sur une dénonciation devant le parlement italien de cas de viols qu’auraient commis des soldats russes dans son pays.
« Lorsque j'ai vu cet appel dans les médias, j'ai proposé de rencontrer tous ceux qui le souhaitaient, de me parler personnellement. La conversation a eu lieu - quelqu'un s'est joint directement, quelqu'un - en ligne.
J'ai expliqué - et les médias étaient d'accord avec moi - pourquoi nous devons parler de crimes de guerre. Parce que quand, par exemple, j'ai parlé au parlement italien à la commission des affaires internationales, j'ai entendu et vu une telle fatigue de l'Ukraine, vous savez ? J'ai parlé de choses terribles afin de les pousser d'une manière ou d'une autre à prendre les décisions dont l'Ukraine et le peuple ukrainien ont besoin. Là (en Italie - SK), il y a un parti "Five Stars", qui était contre la fourniture d'armes pour nous, mais après mon discours, l'un des chefs de parti a exprimé son soutien à l'Ukraine, a déclaré qu'il soutiendrait, y compris la fourniture armes. », a-t-elle en effet répondu à une question sur l’interpellation de plusieurs députés ukrainiens par médias interposés réclamant des explications sur les mots crus que la médiatrice avait employé pour parler des cas de viols sur ses concitoyens.
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Comme on peut le constater à la lecture de l’interview en consultation gratuite, Lyudmila Denisova a admis avoir employé un vocabulaire ordurier pour toucher la sensibilité de ses interlocuteurs.
« J'ai dit mot pour mot aux médias ce que m'avaient dit les psychologues qui travaillaient sur la ligne de soutien psychologique de l'UNICEF, qui a déjà terminé son travail - le 15 mai était le dernier jour. J'ai transmis tout ce que les candidats voulaient dire à la société et au monde ; que les ennemis, la Fédération de Russie, soient punis. Oui, alors ce vocabulaire était très dur, on en a discuté ( avec les médias. - SK ), j'ai dit ça, effectivement, j'ai peut-être exagéré. Mais j'ai essayé d'atteindre l'objectif de convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression ( sur la Russie. - SK). J'ai rencontré Pramila Patten, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle dans les conflits - nous travaillons conformément aux protocoles de l'ONU et clairement à l'APCE, les résolutions du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, qui énoncent clairement ce qu'est la violence sexuelle. », a-t-elle assumé.
Dans une publication de la médiatrice retrouvée par Bénin Check Info sur sa chaîne Telegram, on constate également le vocabulaire très cru qu’elle emploie dans la description des cas de viols dénoncés.
« Au cours des dernières 24 heures, la ligne d'assistance psychologique du Commissaire a été contactée par des personnes d'Oleksandrivka, Oblast de Kherson, qui ont donné l'autorisation de publier des informations sur les faits de violence sexuelle :
- Deux filles âgées de 12 et 15 ans ont été violées par des Russes.
- Une fillette de 6 mois a été violée par un Russe avec une cuillère à café.
- Deux jumeaux de deux ans et leur mère étaient à la maison. Cinq Russes ont fait irruption, l'un a retenu la mère, les deux autres ont violé les enfants par voie orale et anale. Les enfants sont morts de ruptures et de perte de sang.
- Un garçon de trois ans a été violé devant sa mère par deux Russes, et l'enfant est mort de ses blessures. », a-t-elle rapporté dans la publication du 23 mai qui a cumulé plus de cent huit milles (108.000) vues sur Telegram.
Dans cette publication l’ex-médiatrice a rappelé que « les violences sexuelles sont strictement interdites par l'article 27 de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre de 1949 ».
Verdict
Contrairement à ce que font croire les publications virales sur réseaux sociaux, l’ex-médiatrice pour les droits de l’homme en Ukraine, Lyudmila Denisova n’a pas avoué avoir menti dans son rapport des cas de viols qu’auraient commis des soldats russes dans son pays. Ces publications ont sorti une portion de déclaration de son contexte pour tromper la vigilance du public. A la lumière de l’intégralité de son interview diffusée sur le média ukrainien LB, Lyudmila Denisova a reconnu avoir employé un vocabulaire trop cru pour toucher la sensibilité du monde.
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