Dans une interview accordée à la télévision nationale du Niger (RTN), le président nigérien, le Général Abdourahamane Tiani a affirmé, samedi 14 février 2026, que la partie septentrionale du Bénin est laissée aux mains des terroristes et des mercenaires français et ukrainiens. Plusieurs éléments prouvent que cette déclaration est infondée. 

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Capture d'écran de la publication

« Tout le Nord-Bénin, il n'y a pas un soldat béninois. Il a laissé ça entre les mains des terroristes et des mercenaires français et ukrainiens. C'est ça la réalité des choses », a déclaré le Général Abdourahamane Tiani, président du Niger lors d’une interview à la télévision nationale, le 14 février 2026. 

La séquence extraite et partagée sur Facebook, Infos NE a enregistré près de 10 000 mentions ‘’J’aime’’, 703 commentaires et 969 partages à la date du 16 février 2026. La vidéo a été vue 372 000 fois. La même séquence a été diffusée par des comptes et pages (voir 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7)

Contexte 

Le président du Niger, le Général Abdourahamane Tiani déclare que le Bénin a laissé la partie Nord de territoire dans un contexte de tension diplomatique entre les deux pays. Les relations entre Niamey et Cotonou sont tendues depuis que le Bénin a exprimé sa volonté d’appliquer les sanctions de la CEDEAO prises contre le Niger au lendemain du coup d’Etat du 26 juillet 2023. Un coup de force qui a conduit au renversement du président démocratiquement élu, Mohamed Bazoum. Depuis, le Général Abdourahmane Tiani, chef du régime militaire accuse le Bénin de servir de « base arrière » à des groupes terroristes et de déstabilisation. Des accusations à maintes reprises rejetées par les autorités béninoises et l’armée française indexée (voir ici, ici et ici). 

 

Pourquoi l’affirmation de Tiani n’est pas fondée ? 

Depuis 2022, le Bénin a renforcé la présence des forces de défense et de sécurité dans les deux départements, Atacora et Alibori situés à l’extrême Nord à travers l’opération Mirador. Le dispositif militaire lancé par le gouvernement du président Patrice Talon vise à  sécuriser la zone frontalière, notamment le parc de la Pendjari et le W, à travers une surveillance accrue et des actions civilo-militaires. « Mirador, c’est une opération qui a pour but de faire la veille opérationnelle, de protéger les populations et également d’empêcher toute infiltration ennemie sur notre territoire », expliquait le Colonel Faïzou Gomina, commandant de l’opération dans ce reportage publié le 18 octobre 2023 par le site d’information Banouto.  

Dans son récit des faits observés à l’occasion d’une descente dans le nord-Bénin, le média rapporte que des opérations régulières sont menées par les troupes béninoises : patrouilles pédestres et aériennes, opérations de dépollution, renseignements dans le cadre de l’opération Mirador. Mais pas que. Les soldats béninois vont également à l’offensive en tendant des embuscades aux terroristes.

En mai 2024, Wilfried Houngbédji, porte-parole du gouvernement béninois a indiqué sur Bip radio que le Bénin a construit une vingtaine de Bases opérationnelles avancées (BOP) sur l’ensemble du territoire national. Sur la vingtaine de bases militaires, huit ont été construites dans les communes du Nord Bénin notamment à Malanville, Segbana, Tanguiéta, Matéri, Karimama, Kalalé, Banikoara et Abomey-calavi (voir ici à partir de la 27e minute). 

 

Dans une émission intitulée « PAG 2021-2026 : Reddition de comptes » à la télévision nationale SRTB, jeudi 30 janvier 2025 (voir à partir du 8e min) Fortunet Alain Nouatin, ministre délégué auprès du président de la République chargé de la défense nationale a fait savoir que 25 Points avancés fortifiés (PAF) ont été aussi construits.  

« On entend par Base opérationnelle avancée, des mini-casernes modernes entièrement équipées pour être immédiatement opérationnelles. Ces mini-casernes entièrement équipées nourrissent des points avancés fortifiés qui eux, sont au plus près de la menace », a-t-il clarifié. 

Dans le plan de la lutte contre la menace terroriste, le Bénin renforce son effectif sur le terrain avec des recrutements massifs lancés par le gouvernement. De 2019 à 2025, 9 700 nouveaux recrus ont été enregistrés. L’exécutif devrait atteindre le seuil de 13 000 d’ici la fin du premier trimestre 2026  selon le point présenté par le ministre Alain Fortuné Nouatin.(voir ici à partir de la 13e min). 

En dehors des bases propres, les autorités béninoises assurent que le Bénin n’a jamais abrité de bases militaires hébergeant de troupes étrangères sur son territoire. « Depuis 1990, le Bénin n’a jamais signé un accord de défense. C’est quand vous signez un accord de défense que vous pouvez abriter une base militaire étrangère parce qu’en cas où vous serez attaqué, ces puissances étrangères viendront vous défendre. Nos accords militaires sont basés sur l’assistance en formation, l’assistance en équipement », a expliqué l’autorité de tutelle  lors de son passage dans l’émission « PAG 2021-2026 : Reddition de comptes » du jeudi 30 janvier 2025 à la télévision nationale SRTB.

Pendant des travaux de vérification sur une affirmation similaire formulée dans une  une publication de l’internaute Midou Seyni,faite le dimanche 14 décembre 2025, sur Facebook, Badona a interrogé des habitants des villes du nord Bénin.  Ces  habitants de l’Alibori et de l’Atacora, deux départements situés au Nord du Bénin, ont témoigné de  la présence des Forces de défenses et de sécurité béninoises dans leurs localités. 

« Les camps des Forces de défense et de sécurité (FDS) du Bénin sont toujours à Natitingou, à Tanguiéta, et les forces de défenses et de sécurité y sont. Dans l'Atacora... Ce sont les FDS qui assurent notre sécurité.👏🏼», avait confié à Badona en janvier 2026, Déré Lydie Chabi Nah, préfète de l’Atacora, département situé dans le Nord-ouest qui fait frontière avec le Burkina Faso. 

 

Il y a-t-il des soldats français et ukrainiens au Bénin ?

Sur l’effectif des instructeurs étrangers en mission au Bénin, Fortuné Nouatin précise qu’il ne sont pas plus de 20 sur le territoire sans préciser leur nationalité. Officiellement, le Bénin ne détient pas un accord militaire avec l’Ukraine. Contrairement à Kiev, Paris et Cotonou sont liées par des accords de coopération militaires. 

En février 1975 à Cotonou, le Bénin et la France ont signé un accord de coopération militaire technique. Selon ce rapport du Sénat, l’accord comporte trois titres. Le premier est relatif aux personnels militaires français. Le second concerne la formation en France des cadres des forces armées du Bénin. Le troisième titre porte sur la fourniture par la France de matériel et d'équipement militaires. 

Cette coopération a été encensée par les autorités française et béninoise dans cette publication diffusée sur le site officiel du gouvernement béninois, le 18 décembre 2024. 

Par ailleurs, des forces spéciales françaises ont appuyé l’armée béninoise après la tentative de coup d’Etat contre le régime du président Patrice Talon, le 7 décembre 2025, selon le chef de la garde républicaine, le Colonel Dieudonné Djimon Tévoédjrè. Nous avons fait le ratissage « avec également les éléments des Forces spéciales françaises qui nous sont venues d'Abidjan et qui ont fini le travail que nous avions si bien commencé », a-t-il confié à RFI

En Afrique, la présence française se concentre au Gabon et en République de Côte d’Ivoire. Le ministère français des armées et des anciens combattants renseigne que « Ces forces de présence françaises ont pour missions d’assurer la défense des intérêts français et la protection de nos ressortissants, d’appuyer nos déploiements opérationnels dans la région et de contribuer à la coopération opérationnelle régionale »

Pour ce qui est des relations bilatérales entre le Bénin et l’Ukraine, il n’existe aucun accord de coopération militaire entre les deux pays. Le dernier contact publiquement connu entre les officiels des deux pays remonte à octobre 2024 à l’occasion de la Conférence sur la dimension humaine de la formule de la paix tenue à Montréal au Canada. 

En marge de cette rencontre internationale des 30 et 31 octobre 2024, le Ministre béninois des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari s'est entretenu avec son homologue ukrainien, Andrii Sybiha. “Les échanges ont porté sur le renforcement des relations bilatérales et la formule de Paix pour une stabilité en Ukraine et dans le monde.”, indique un compte rendu sur le site du gouvernement béninois.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a, de son côté, précisé que les échanges ont porté sur un renforcement de coopération avec “le Bénin et d’autres nations africaines afin d’améliorer la sécurité alimentaire et de favoriser la stabilité régionale. Aussi, informe le chef de la diplomatie ukrainienne, “nous avons également évoqué les moyens de renforcer notre coopération bilatérale et les liens de l'Ukraine avec l'Union africaine.”

Verdict 

Contrairement aux propos du président nigérien, le Général Abdourahamane Tiani, la partie septentrionale du Bénin est toujours sous le contrôle de l’armée béninoise. 

 

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