Dans une déclaration choc, diffusée sur les canaux digitaux de Be Africa, l’opposant béninois en exil, Martin Rodriguez affirme que « plus de 45 % des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition » au Bénin. Présentée comme issue des Nations unies, cette statistique est fausse.
- D’après les données du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) consultables sur son site officiel, la formule exacte indique que la malnutrition est liée à 45 % de tous les décès d'enfants par an chez les enfants de moins de 5 ans.
- UNICEF Bénin a indiqué à Badona que l’affirmation de Martin Rodriguez est “fausse et ne correspond pas à la manière dont les Nations Unies, y compris l’UNICEF, présentent les données.”.
Une mauvaise manipulation des statistiques peut en changer le sens et la compréhension. Le 31 mars 2026, dans un enregistrement audio intitulé “Dix ans sans bilan, partie 4” et diffusé par le média en ligne Be Africa (voir ici), l’opposant béninois en exil Martin Rodriguez a déclaré qu’au Bénin, « plus de 45 % des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition. »
Pour créditer son affirmation, il a soutenu que sa statistique proviendrait des Nations unies. «J'ai lu un rapport des Nations Unies, deux rapports. Il y en a un qui porte sur la mortalité des enfants. C'est sur Internet, tout le monde qui écoute là, tapez votre téléphone, allez-y sur Google.», a-t-il indiqué avant d’avancer son taux de mortalité infantile lié à la malnutrition.
Contexte
La publication de Be Africa intitulée “Dix ans sans bilan, partie 4” intervient en pleine campagne électorale en prélude à l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Dans les échanges diffusés sur les canaux de Be Africa, Martin Rodriguez, homme d’affaire et farouche opposant béninois en exil, s’est livré à une critique sans concession de la gouvernance du régime de Patrice Talon pendant ces dix dernières années au Bénin. “Nous avons eu une croissance de la pauvreté, la pauvreté est accrue.”, a-t-il d’abord asséné avant d’avancer sa statistique sur la mortalité infantile.
Ces allégations sont extraites d’un débat long format publié deux jours plus tôt avant leur apparition sur Facebook, sur la chaîne youtube de Be Africa (voir ici).
Nonobstant, l’allusion faite aux Nations unies, cette affirmation selon laquelle « plus de 45 % des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition. » au Bénin est inexacte.
Ce que disent les recherches sur internet
Procédant comme l’a recommandé Martin Rodriguez, Badona a d’abord effectué une première recherche avec les mots-clés “malnutrition, mortalité, enfants, 5 ans, Bénin” sur Google. Une deuxième recherche a été lancée avec son affirmation « plus de 45 % des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition. »
Au bout des deux recherches lancées sur Google, les résultats ont conduit à une fiche de plaidoyer publiée sur le site de UNICEF-Bénin et intitulée “La malnutrition : Un facteur de risque de mortalité et de morbidité chez l'enfant” (voir ici).
La statique de la publication en date du 30 avril 2020 est différente de celle avancée par l’opposant béninois. Elle indique clairement que « La malnutrition constitue le plus grand facteur de risque de mortalité et de morbidité chez les jeunes enfants au Bénin.» et qu’«elle représente 45 pour cent de tous les décès d'enfants par an chez les enfants de moins de 5 ans.»
La statistique de l’UNICEF est reprise dans cet article du site spécialisé Allo Docteurs publié le 18 novembre 2024 et actualisé le 25 juin 2025. Le média rapporte que “la malnutrition chronique est à l’origine chaque année, de 45 % des décès d’enfants de moins de 5 ans” (voir ici).
UNICEF Bénin dément Rodriguez et rectifie
Dans notre démarche de vérification, Badona s’est adressée à la représentation béninoise de UNICEF. Joint par mail, mardi 31 mars 2026, UNICEF Bénin rejette les données qui lui sont attribuées.
Sur l’affirmation : « Plus de 45% des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition » au Bénin, réfute daredare, Dorothée Thiénot le chef service communication de UNICEF-Bénin, « Formulée ainsi, cette phrase est fausse et ne correspond pas à la manière dont les Nations Unies, y compris l’UNICEF, présentent les données.»
En dehors du fait que l’affirmation ne correspond pas à la réalité des statistiques des Nations unies sur le Bénin, Dorothée Thiénot note qu’il y a une “nuance importante” à savoir : « on parle de la proportion des décès d’enfants de moins de 5 ans où la malnutrition est un facteur sous-jacent ou aggravant, et non de la proportion de tous les enfants qui décèdent de malnutrition.»
Badona a également interrogé Dorothée Thiénot à propos de la mention de La fiche de plaidoyer de l’UNICEF Bénin publiée en 2020 qui indiquait que « la malnutrition constitue le plus grand facteur de risque de mortalité et de morbidité chez les jeunes enfants au Bénin » et qu’« elle représente 45 pour cent de tous les décès d’enfants par an chez les enfants de moins de 5 ans ».
A ce sujet, explique-t-il, « Cette formulation s’inscrivait dans les estimations disponibles à l’époque, largement alignées sur les analyses internationales qui attribuent environ 45% des décès d’enfants de moins de 5 ans dans le monde à la sousnutrition. »
En tout état de cause, tient à rectifier le chef service communication de UNICEF Bénin, « il ne s’agit pas de dire que “45% des enfants meurent” » pour cause de malnutrition avant l’âge de 5 ans au Bénin. «Ceci est une interprétation erronée. », a martelé Dorothée Thiénot.
Pour ce qui est de la réalité actuelle, de la mortalité infantile au Bénin, il apprend que «Les données disponibles ne se présentent pas sous la forme d’un “taux de mortalité qui est spécifique par malnutrition” pour le Bénin, mais plutôt comme : un taux de mortalité des moins de 5 ans (nombre de décès pour 1 000 naissances vivantes) ».
A ce sujet, selon les dernières estimations de l’UNICEF et du Groupe inter-agences des Nations unies pour la mortalité infantile (IGME) dans le rapport “Child Mortality 2025” que Badona a retrouvé et consulté, le taux de mortalité des moins de 5 ans au Bénin est de “74,75 décès pour 1 000 naissances vivantes” ; soit environ 7 à 8 % des enfants, et non 45 %.
La malnutrition, un tueur indirect
D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) « la malnutrition désigne les carences ou les excès d’apport en nutriments, le déséquilibre des nutriments essentiels ou l’utilisation altérée des nutriments.»
Elle prend plusieurs formes. On distingue d’une part, la sous-nutrition, qui comprend le retard de croissance (taille trop faible pour l’âge), l’émaciation ou malnutrition aiguë (poids trop faible pour la taille), l’insuffisance pondérale (poids trop faible pour l’âge) et les carences en micronutriments. Il y a aussi les formes de surnutrition (surpoids, obésité) et les maladies non transmissibles liées à l’alimentation.
D’après le responsable à la communication de l’UNICEF au Bénin, « dans le contexte de la mortalité des enfants de moins de 5 ans au Bénin, quand on dit que, la malnutrition “représente” ou est “responsable de” une part des décès, on fait référence à la sous-nutrition comme facteur de risque majeur qui aggrave la fréquence et la gravité des maladies infectieuses (diarrhée, infections respiratoires, paludisme, etc.)».
Verdict
Il n’est pas exact d’affirmer comme le fait l’opposant béninois en exil Martin Rodriguez, que « plus de 45 % des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition. »
D’après les données disponibles sur le site officiel de l’UNICEF et des clarifications obtenues du chef du service communication de UNICEF-Bénin, «Les données disponibles ne se présentent pas sous la forme d’un “taux de mortalité qui est spécifique par malnutrition” pour le Bénin, mais plutôt comme : un taux de mortalité des moins de 5 ans (nombre de décès pour 1 000 naissances vivantes) ».
A ce propos, le rapport Child mortality 2025 que Badona a retrouvé et consulté indique que le taux de mortalité des moins de 5 ans au Bénin est de “74,75 décès pour 1 000 naissances vivantes” ; soit environ 7 à 8 % des enfants, et non 45 %.
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